Milana, Sephora et Mario ont entre dix-sept et vingt-six ans. Ils ont grandi dans des familles manouches rurales modestes et stigmatisées. Contrairement à leurs parents, ils ont des diplômes et travaillent comme salariés. Ils ont des rêves à réaliser. Mario gagne sa vie comme coiffeur mais sa passion est le cirque. Milana, lycéenne, ambitionne d’être hôtesse de l’air, elle qui n’a jamais voyagé. Sephora travaille depuis l’adolescence et veut mener sa vie de femme émancipée alors qu’elle a été maman très jeune. Se démarquant de la vie marginale de leurs aînés voyageurs, tous trois tentent de se construire une nouvelle identité, mi-manouche, mi-gadje, pour trouver un chemin d’émancipation et d’affirmation de soi. À la fois filmeur et confident, je partage leurs questionnements existentiels, les hauts et les bas du quotidien, et l’univers tzigane au cœur duquel ils m’entraînent.
Seul film documentaire de Luis Buñuel, tourné en 1932 dans la région de Las Hurdes (Estrémadure), à partir de la thèse ethnographique de Maurice Legendre, directeur de l'Institut Français de Madrid, « Las Jurdes : étude de géographie humaine » (1927), « Terre sans pain » ne fut sonorisé qu’en 1937 puis en 1996 lorsque Buñuel décida de diffuser une version non censurée du film avec son producteur Pierre Braunberger. Remarquable par son sujet, la misère en milieu rural, peu traité à l’époque, par son montage (fait par Buñuel « sur une table de cuisine, à Madrid »), l'usage du gros plan, de la piste sonore et par la place assignée au spectateur par le film, le film continue à surprendre aujourd’hui encore.