Entre 1976 et 1983, Pierre Gurgand et l’Institut national d’Éducation populaire ont organisé des stages de cinéma direct à Lens, Sallaumines et Liévin. Après la mort de Gurgand en 2003, Aaron Sievers a repris ces archives. Ces films captent l’histoire des houillères, avec des images fragiles, surexposées ou floues, qui révèlent l’humanité. Sievers a choisi de conserver l’intégralité des plans, valorisant la parole des mineurs et leur mémoire, recueillie dans les bistrots, entre discussions et poésie. Dans les voix des silicosés résonnent les récits de Flaczynski, Flament, les Grare, Debarge, et d’anonymes syndicalistes ou résistants, témoins d’un passé poignant.
Les Kabyles existent d’abord par la parole. Chaque geste, chaque instant de leur quotidien peut donner lieu à une langue de vers, de métaphores, de proverbes… Ne dit-on pas que dans ces contreforts montagneux dont ils sont les hôtes, la joute oratoire était un exercice courant ? Une réalité qu’on se représente mal lorsque l’on plonge dans la société de l’immigration où ces hommes et femmes, souvent analphabètes, sont relégués exclusivement au rang d’ouvriers et de femmes au foyer…On imagine alors mal les orateurs qu’ils deviennent lorsqu’ils retournent dans leur langue.
Les Chats de Constantinople suit deux amis en route vers Istanbul. Ce qui commence comme un simple voyage à vélo devient peu à peu une traversée intérieure entre foi et doute. Un récit poétique sur l’amitié, la quête de sens et les liens invisibles qui nous unissent.
Fin avril 1982, une grande grève éclate à l’usine automobiles Citroën d’Aulnay-sous-Bois, installée dans le département de la Seine-Saint-Denis depuis 1974. Souvent nommée « grève de la dignité », ce long conflit (40 jours), porté par des travailleurs immigrés largement majoritaire et des militants de la CGT jusqu’ici contraints à la clandestinité, s’achève par une victoire quasi-totale. La parole et les images saisies par Claude Blanchet, alors journaliste municipal – il s’agit ici de sa première réalisation – nous confronte à une violence patronale qui paraît inouïe : racisme, rackets, discriminations syndicales, accidents du travail dissimulés et trucages des élections professionnelles. Haya nous plonge aussi dans une belle énergie ouvrière (la parole s’y libère).