Les cinéastes Johan van der Keuken et Franck Vellenga se sont rendus, du 26 octobre au 3 novembre 1993, au Festival du film de Sarajevo. Sarajevo entame son 20e mois de siège, un deuxième hiver très rigoureux s'annonce. Adultes et enfants sont abattus au hasard. Dans cette situation désespérée, Sarajevo a organisé un festival de cinéma. Les salles étaient pleines à craquer, le public a bravé les balles des tireurs pour voir les films. Ce film fait le rapprochement entre la façon dont deux personnes ressentent le cinéma et leurs conditions de vie réelles. Ce sont Haris Pasovic, l'organisateur du festival et Marijela Margeta, étudiante en architecture, qui a assisté à toutes les projections.
Si la France ne normalisa ses relations avec la RDA qu'en 1973, certains avaient déjà eu l'occasion de visiter l'Allemagne de l'Est et de s'y faire des amis. Des groupes de jeunes communistes découvraient ainsi les camps de pionniers est-allemands durant les vacances, tandis que des délégations de la CGT allaient étudier «les acquis de la classe ouvrière». Artistes et intellectuels français ne rechignaient pas non plus à se rendre de l'autre côté du Mur. Plus tard, en 1984, l'ouverture d'un centre culturel français à Berlin-Est allait connaître un succès phénoménal. De tels échanges étaient pourtant déséquilibrés, puisque les citoyens de RDA n'avaient qu'exceptionnellement l'autorisation de se rendre en France.
De l’œuvre d’Hugo Pratt émergent quelques mots clés, indissociables de sa vie : voyage, aventure, érudition, ésotérisme, mystère, poésie, mélancolie... et bien sûr, Corto Maltese, son héros et son double, qui l’a imposé comme l’un des plus grands noms de la bande dessinée. Venu au monde en Italie en 1927, mort en Suisse soixante-huit ans plus tard, Hugo Pratt, né sans H et avec un seul T, grandit dans l'ombre d'un père fasciste qui l'emmène très jeune dans une Éthiopie occupée par les forces mussoliniennes. L'adolescent en retire une fascination pour les grands espaces africains, bientôt suivie d'un irrésistible attrait pour le monde indien. Le point de départ d'une existence faite de voyages, de succès, de conquêtes, de rares échecs aussi, et marquée par sa vénération pour le dessinateur américain Milton Caniff, son maître absolu.